Lieu magique où s'épanouit l'excellence d'un des plus grands vins blancs secs du Bordelais, le petit vignoble blanc du Domaine de Chevalier livre avec régularité des millésimes marqués au sceau de la précision tout à fait unique qui préside à leur élaboration. Une approche jusqu'au-boutiste de la qualité qui n'est rendue possible que par la taille réduite du vignoble de cinq hectares.
C'est dire que la décision récente de
Monsieur Olivier Bernard de planter un hectare supplémentaire de vignes
blanches à Chevalier constitue un événement tout à fait exceptionnel.
Olivier Bernard s'explique…
A.L. : "L'augmentation
du vignoble blanc ne risque-t-elle pas de modifier l'équilibre existant ?
O.B. : Pour bien comprendre cette décision, il est utile de rappeler qu'à Chevalier, les choses s'inscrivent dans la durée. Quand je suis arrivé, en 1983, les vignes blanches ne couvraient que trois hectares sur les dix-huit que comptait l'ensemble du vignoble. J'ai progressivement, sur une période de 25 ans, porté ce chiffre à cinq hectares. Aujourd'hui, avec cette nouvelle plantation, on travaille sur une échéance de quinze à vingt ans, date approximative à laquelle ce nouveau vignoble commencera à exprimer son véritable potentiel. Il est plus que probable que d'ici là, une parcelle ou deux auront été déplantées. En réalité, la contenance globale du vignoble blanc se situera toujours entre cinq et six hectares.
A.L : Ce
chiffre correspond-il à un seuil que vous souhaitez maintenir ?
O.B. : Il est clair que notre approche serait incompatible avec une surface de vignes sensiblement plus importante. Je m'explique… Dans l'élaboration d'un grand vin blanc, la notion de précision est incontournable. A Chevalier, elle se joue à la vigne, où la récolte se fait grain par grain au gré de la maturité, en quatre à cinq passages si cela est nécessaire, mais aussi au chai où le principe de la vinification en barriques permet de procéder à une sélection et à des assemblages très fins. C'est l'ensemble de ces gestes précis, effectués avec rigueur en temps et en heure, qui conditionne la réussite du millésime. Il est évident que ce travail extrêmement affiné requiert des moyens humains importants. En ce qui concerne notamment la récolte, où l'équilibre peut se jouer à une demi-journée près, il est nécessaire d'avoir des équipes en sureffectif, prêtes à intervenir précisément au moment requis par l'évolution de la maturation, sans jamais "courir après la vendange".
On voit bien qu'une telle obligation de résultat ne pourrait s'appliquer à un vignoble beaucoup plus vaste… Mais il faut dire aussi que cette précision, ce savoir-faire unique, qui se transmet, est le secret de la réussite des plus grands vins blancs. C'est un choix…
A.L. : Comment
voyez-vous, à terme, l'apport de cette nouvelle plantation ?
O.B. : Il faut préciser, tout d'abord, que cette nouvelle donne s'inscrit dans un plan global d'augmentation progressive du vignoble de Chevalier. L'acquisition, en 1999, d'une quinzaine d'hectares en A.O.C., non plantés, dans la continuité du terroir actuel, porte notre capital viticole à une soixantaine d'hectares d'un seul tenant. Venant s'ajouter à la mosaïque des sols de Chevalier, ces terrains, qui présentent des caractéristiques légèrement différentes des premiers, devraient permettre d'ici à une vingtaine d'années, de gagner encore en complexité dans l'expression des vins.
Cela est vrai pour notre nouvel hectare de vignes blanches, assis sur des sols argileux et frais particulièrement favorables à l'épanouissement des cépages blancs, notamment du sauvignon. Afin d'exprimer au mieux la diversité des sols, nous avons opté pour une grande variété de porte-greffe et de cépages. Les pieds proviennent ainsi d'une large sélection massale opérée auprès de grands crus - dont Chevalier - produisant des vins blancs secs ou liquoreux réputés.
Reste aujourd'hui à attendre que s'opère cette subtile synthèse entre la terre et la plante, qui livrera dans le temps des fruits ayant dépassé leur dimension variétale pour apporter la contribution de leur terroir au futur assemblage. Nous travaillons pour l'avenir…"


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